INDIVIDUALISMES ET EXPÉDIENTS
Les Polonais sont sympathiques, on le sait. Surtout après quelques verres !
D’en rencontrer, en nombre, à Luchon ne pouvait être que réjouissant, n’est-ce pas ?
Me serais-je trompé (1) ? Le tourisme se redévelopperait-il, en provenance des pays de l’Est ?
Stupéfaction ! Que non ! Nos amis polonais sont des ouvriers maçons du bâtiment travaillant à la construction d’un ensemble immobilier à Saint-Mamet ! Et pour une entreprise polonaise de Varsovie opérant en sous-traitance !
N’y a-t-il donc plus de maçons en Comminges, en Haute-Garonne, en Midi-Pyrénées ?! Voire chez nos voisins espagnols ? Incroyable !
Il fallait en savoir (un peu) plus ! Et que nous dit-on ? Que les entreprises locales ne « faisaient pas le poids », aucune capable d’assurer le chantier ! Bravo !
Allons ! Cela semble bien douteux ! Par contre, « sous-traitance » signifie ici que le contrat concerne une entreprise polonaise, soumise au droit polonais. Grossièrement, il suffirait de dire « CQFD » !
Mais précisons : soumise au droit polonais cela signifie salaires et charges « polonais ». Plus clair maintenant, non ? Vous vous souvenez ? Le « plombier » polonais qui faisait si peur ? Et bien non, c’est un maçon en fait.
Que voilà un promoteur content, améliorer sa marge en allant chercher l’entreprise de gros œuvre à 2 400 km, c’est merveilleux ! Et malgré les frais de déplacement, hébergement, etc.
Ne serait-ce pas, surtout, un grand signal d’alarme ?
Comme la mort annoncée des petits commerces de Cierp-Gaud, Marignac et St Béat, avec l’implantation d’un « Écomarché » à Cierp-Gaud, par une municipalité irresponsable. Mr Gros, se prenant sans doute pour Mr Bush, n’a pas hésité à faire allusion, avec le plus grand fatalisme, aux « inévitables dommages collatéraux » ! Il fallait oser ! Cette implantation menaçant également une petite surface déjà implantée à Loures-Barousse (Shopi) prise en étau avec l’extension du « Super U » de Gourdan-Polignan ? Les « élus » ont-ils engagé une large concertation comme cela s’imposait ? Non bien sûr ! Démocratie oblige, sans doute ?
N’y a-t-il pas assez de petits commerces fermés, qui se comptent par centaines sur le territoire ? Fermetures qui vident les cœurs de villes et villages de leur âme, pour ce qu’il en reste. Pour un bâti le plus souvent laid et excentré et, c’est clair, le plus grand bonheur des personnes âgées, handicapées ou privées de moyens de locomotion. Lieux déshumanisés, cathédrales d’une « consommation » absurde !
Quand on me dit, « Vous savez, sans le salaire de mon mari, je ne tiendrais pas le coup ! De toute façon, la fermeture me semble inéluctable ! », s’agissant d’un magasin de tabac-presse-multiservices qui devrait au contraire fonctionner, et faire vivre une famille, la colère gronde.
Certes, comme le relevait Cyrille Cointre lors de notre entretien (2), l’implantation de grandes surfaces est non seulement concevable, mais souhaitable, pour autant que celles-ci ramènent en local les cohortes de « consommateurs » qui n’hésitent pas à aller faire leurs emplettes à… Toulouse (sans commentaire!) !! Mais admettons !
Alors, pour le moins, que les implantations et installations soient faites selon un schéma d’ensemble cohérent, préservant et renforçant l’existant de façon valable si ce n’est harmonieuse !
Mais il n’en est rien, comme déjà observé, chaque collectivité fait sa « cuisine » sans se préoccuper des autres. La mode est à la ZAC, comme à celle des ronds-points, chacune veut y aller du sien et de la sienne ! Sans se préoccuper du bien-fondé. Pas grave, c’est de l’argent public.
Et tant pis pour la traversée du désert ! J’ai le souvenir encore vif, pour en avoir administré une partie durant la « crise » du début des années 1990, de la catastrophe de « L’Innopole » de Labège, notamment. Prix au mètre-carré prohibitif, charges prohibitives, gestion déplorable par le Sicoval avec, en prime, les opérations en cascades de la promotion immobilière commerciale et, bien entendu, la chute, les faillites ! Les mêmes causes ont toujours les mêmes effets ? Mais on n’en tire aucune leçon !
À quoi servent les dizaines d’organismes publics ou non, qui prétendent jouer, à grands frais, les rôles de « conseillers » ou « bureaux d’études » ? Au fait, Urba, cela vous rappelle quelque chose ?
Cela dit, les intéressés sont également en cause.
D’abord les entreprises et commerçants eux-mêmes : face à une concurrence extérieure « mortelle », ne sont-ils pas capables de se rencontrer, se concerter valablement, s’unir et réagir concrètement ? Les entreprises de bâtiment locales « ne font pas le poids » ? Mais, et la cotraitance ? Sans parler de la constitution de GIE (3) !! Ceci étant aussi tout à fait praticable en matière de commerces. À nouveau merci aux « conseilleurs » ! Et bravo pour les comportements !
Et que dire de ceci : acheter, ici, des oranges « bio », provenance Afrique du sud, distribuées par « C bio » (Perpignan) à 5,25 € les 4, cela semble déjà un peu sévère, mais quand il s’agit de 4 pommes (toujours « bio »), provenance… Italie, encore C bio, pour 4 €, que penser, que dire ?
Qu’untel gagne 900… pommes par mois ? Ou (c’est mieux !) 2 500 pommes ? Le reste à l’avenant.
Plus sérieusement, que fait-on ici, pas de vergers ? Pas de pommes ? Pas d’agriculture ? Pas d’agriculture « naturelle » (le terme « bio » me révulse !).
Sommes-nous des Albanais qui, il y a encore 4 ans, ne savaient plus planter de simples… pommes de terre ?
Les intéressés sont, aussi, les « consommateurs.
Et quand les « consommateurs » vont faire leurs achats à Toulouse, et dans des grandes surfaces au détriment des petits commerces et produits locaux, ils se condamnent eux-mêmes. Imaginez : plus aucun de ces petits commerces, merveilleux non ? N’oubliez pas le lait surtout ! Ni le journal, si vous lisez encore ! Ce qui est peu dire, évidemment !
Bien sûr, ces quelques lignes ne prétendent nullement traiter de tels sujets de façon exhaustive (que dire, par exemple, des charges des entreprises, des contraintes réglementaires absurdes ou excessives, de l’hyperconsommation technologique ridicule, de la surconsommation en matière de santé, etc. ?). Mais, simplement, attirer l’attention, autant que faire se peut, sur l’avenir de ce petit bout de France, au moins, et de ses habitants. Ainsi que des enfants de ses habitants.
Avenir qui ne saurait être bâti sur les dissensions, les démarches mégalomaniaques, l’intérêt purement personnel, le manque de réflexion, de concertation, la courte vue. Non plus avec des ficelles, emplâtres sur jambes de bois, vides-greniers et autres expédients . Ne sont-ils pas déjà vides ces greniers, depuis le temps ?
Nos voisins polonais ont peu à perdre, tout à gagner.
Chinois et autres orientaux, notamment, n’ont rien à perdre et tout, et bien plus, à gagner : la roue tourne, et de plus en plus vite ! Follement.
Saurons-nous l’arrêter ? Voulons-nous l’arrêter ?
H. Rius
(1) voir « Luchon 2008 », La Libération du Comminges du 11 août 2008
ou http://lechenesurlerocher.jimdo.com/luchon
(2) Président de l’Association des commerçants de Saint-Gaudens
(3) Groupement d’Intérêt Économique

