LUCHON 2008
Luchon - Allées d'Étigny
Tout juste quelques centaines de badauds sur les allées d’Étigny, ce 31 juillet à l’heure du thé.
Visages peu réjouis et peu réjouissants, fermés même pour certains ! Silhouettes inanimées dans un lieu inanimé.
Aussitôt me reviennent les souvenirs d’un autre 31 juillet, à Luchon, celui de… 1968.
Mais que s’est-il donc passé ?
La machine à remonter le temps se met en marche…
Quinze heures trente, la coupure !
Je fonce dans ma chambrette, au dernier étage du Sacaron (1), pour troquer ma tenue de sommelier en herbe contre une plus légère: c’est qu’il fait chaud, très chaud, comme aujourd’hui ! Plus, peut-être bien.
L’escalier de service est dévalé quatre à quatre. Voilà le hall ! Grand coup de frein et traversée discrète pour sortir côté cour.
Petit échange de regards avec Paul, le groom. Il reste de service lui, en sueur , engoncé dans son uniforme rouge : un rien d’envie dans ses yeux en me voyant sortir…
Élan repris, dans la ruelle, la course m’amène sur les allées d’Étigny.
Las ! Elles sont bondées ! Brouhaha, éclats de rire, visages gais et souriants.
Jouant des coudes, je parviens, non sans mal, à rejoindre les copains devant le Rex.
Ils sont là ! Effusions d’usage et nous partons en quête de jupons, sillonnant les rues, tout en commentant les événements, et la venue de Johnny ici, à Luchon !
Et au Sacaron, avec toute la troupe ! Tu parles !
Mais que de monde ! On ne fait pas un pas !
Les filles font de troublantes pirouettes pour disparaître aussitôt dans la foule...
Et le curseur me ramène en 2008… Contraste saisissant !
Pourquoi ? Pourquoi ?
Certes, la fin des années 60 constitue le point de départ d’un engouement excessif pour les plages, d’ailleurs toujours d’actualité, malgré les pollutions de toutes sortes. Surtout celle des eaux, parfumées des rejets des stations d’épuration…
Le camping, aussi, qui a détourné les vacanciers de l’hôtellerie. C’est évident : mieux vaut quatre semaines de promiscuité étouffante et souvent nauséabonde, mais à « bon marché », plutôt que trois, confortables dans un hôtel !
Mais… c’est vrai, ces campings ont conquis les étoiles, alors que les hostelleries et bonnes auberges les perdaient.
Et puis, et puis, le choc du thermalisme ! Fini les vacances aux frais de la sécurité sociale ! C’était prévisible, mais bon… Faut vivre l’instant paraît-il, sans souci du lendemain.
Le réveil est rude ! Très rude !
Tourisme et curistes détournés avec, plus tard, la « démocratisation » des voyages aériens, les séjours merveilleux, mais « low-cost » mon bon monsieur ! D’accord, dans d’immenses cages à poules (c’est vrai, elles préfèrent les cages…) avec piscine, « boîtes » de nuit, coiffeur, pharmacie, distributeur de billets et de préservatifs, etc.
Tout intégré, tout compris, exotisme de pacotille en prime !
Mais quoi ? Djerba-la-douce à 250 € la semaine, vol compris, contre Luchon (France), 250 € le ouiquende, ennui et carburant en sus, comment dit-on ?… Ah, oui ! Y a pas photo !!
Bon sang ! On était riche à l’époque ! Non ?
Ah bon…
Misère ! Il aurait peut-être fallu voir plus loin que le bout des allées ! Et de son nez.
S'interroger, réfléchir un minimum.
Aujourd’hui aussi, il le faudrait ! Est-il encore temps ?
Et quand bien même, faudrait-il en être capable !
Mais les mêmes causes ont toujours les mêmes effets, je le crains !
Viens, amie, viens, allons planter des fleurs et les regarder pousser…
H. Rius
(1) alors "palace", aujourd’hui démembré en appartements.

