
LE COMMINGES
De l’Isle-en-Dodon à Luchon, le visiteur est d’abord surpris par le nombre de bâtiments et sites abandonnés, ou en ruine, de commerces fermés. De maisons inhabitées, outre les inévitables résidences « secondaires ».
Le plus souvent, et pas seulement les après-midi torrides ou pluvieux, villages, routes et chemins semblent déserts, excepté quelques cyclistes.
Lorsqu’un estivant vient passer ses 2,3 jours (sic) dans le Comminges (1), très vite il se rend compte que, hormis le chant des petits oiseaux, il ne se passe pas grand-chose !
Et c’est bien le sentiment, non seulement des visiteurs interrogés, mais aussi de nombreux commingeois, jeunes ou non.
Et les apparences ne sont pas trompeuses, malheureusement ! Elles ne se résument pas à une simple déficience dans la vie socioculturelle ou les festivités.
Doté d’un patrimoine naturel magnifique, le Pays de « Comminges-Pyrénées » est naturellement tourné vers le tourisme. Mais cette activité, brandie comme panacée par les édiles, manque cruellement de moyens : hébergement insuffisant et inadapté, carence catastrophique en matière d’équipements, indigence de l’événementiel et de l’animation.
Avec, en toile de fond, une économie au point mort, si ce n’est moribonde : un taux global d’inactifs de 60% (2), 45% de l’emploi relevant du public ou semi-public (3). De plus, 11% des salariés du secteur privé et semi-public ont leur emploi dans l’aire urbaine de Toulouse (3) ! Pour le moins significatif.
Certes, le solde migratoire est redevenu positif, mais avec une projection alarmante : en 2030, selon la tendance actuelle, la part des personnes de plus de 60 ans serait proche de 50% (3) , soit un taux d’inactifs voisin de… 75% !
L’actuelle poignée de « grosses PME », ni les quelques centaines de très petites entreprises (tous secteurs confondus) ne pourront faire vivre longtemps le Comminges.
L’activité agricole, elle aussi est en chute libre. Nombre d’agriculteurs et éleveurs, déjà en difficulté pour assurer le fonctionnement de leur exploitation, sont proches de la retraite et ne trouvent pas de successeurs.
Outre les méfaits des politiques agricoles, comment en serait-il autrement à l’heure des « 35 heures » et autres « ponts » ou « RTT » ? Faut-il reprocher aux jeunes, notamment, de ne plus vouloir travailler 365 jours par an pour moins d’un SMIC mensuel, même dans un cadre de vie privilégié ?
La convergence de telles dérives ne peut que déboucher sur une perte de services publics, déjà amorcée à St Gaudens.
À défaut de réagir, le désert gagnera tous les registres de l’existence, des plus futiles aux plus essentiels.
Le Comminges va-t-il devenir un mouroir ?
Un bien appelle le meilleur et, inversement, un malheur appelle le désastre, surtout lorsqu’on se résigne …
Le redressement exige un retour à un dynamisme véritable. Une dynamique qui ne se gorge pas de mots et formules (les « pôles d’excellence » ou de « compétitivité » et autres projets « phares » !).
Une dynamique raisonnée, objective, écartant les projets farfelus (et souvent « pharaoniques » comme ceux du Mourtis ou du Syges (4)), voire entachés de malversations.
Le chemin du redressement passe par l’identification des obstacles, c’est le premier pas. Et quels sont-ils ? Au terme de ce premier parcours, plusieurs se sont révélés, et de façon flagrante :
- Information et communication locale sont inexistantes ou affligeantes (incomplètes, désordonnées, souvent obsolètes…). Et cela, tant à destination des résidants que de « l’extérieur ». Navrant quand on prétend mettre l’accent sur le tourisme !
Le « n°1 » est d’ailleurs né d’une « humeur » sur le sujet. Ainsi, à l’analyse, la médiocrité des sites internet nous a sidérés !
- La multiplicité des entités et centres de décision en tous genres (communes, « communautés », agences, comités, syndicats, etc. ), tous jaloux de leurs prérogatives, aboutit à une dispersion des données (souvent obsolètes également) ainsi qu’à l’immobilisme (cas symptomatique de Barbazan) (5)).
Quand, à l’effet de dilution, ne s’ajoutent pas les querelles et clivages destructeurs en tous genres ! Comme dans le cas de L’isle-en-Dodon et Boulogne-sur-Gesse, à propos de l’école de gardiens de but.
- Le dénuement de la plupart des édiles en matière d’instruments d’appréciation et, faut-il le dire ? de compétences semble patent. Il ne s’agit pas, ici, de faire un quelconque procès, mais d’un constat pur et simple. Le recours systématique et coûteux à « bureau d’études » est d’ailleurs révélateur. Par contre, on s’explique mal l’indifférence à l’égard des contributeurs, voire les rejets qui leur sont opposés…
- Les freins ou blocages aux initiatives proviennent non seulement des institutions, mais aussi d’acteurs semi-publics, voire privés, prétendant apporter « conseil » pour les uns, ou refusant les instruments essentiels pour les autres, ce dans des conditions douteuses (6).
Au final, les comportements constituent, globalement, le principal obstacle, loin devant les moyens, qui ne font pas défaut, mais sont mal employés ou bloqués. Il semble bon, ici, de rappeler que nos anciens, qui ont bâti ce pays, l’ont fait sans « Europe », ni « Région », ni « Conseil Général », etc. Mais avec volonté, esprit d’initiative et d’entreprise. Alors, avec le soutien réel des institutions, tout devrait être possible. Surtout le meilleur.
C’est bien le sens de notre démarche. En informant et rassemblant, au-delà des clivages. Chaque pan de l’activité et de la vie locale fera l’objet d’un dossier publié dans ces colonnes et sur internet.
Concrètement, nous mettons, également, en chantier un « portail » internet d’intérêt local destiné, à terme, à fournir à tous, informations, réponses et données, de façon exhaustive.
H. Rius
1)- Observatoire départemental de l'équipement
2)- Insee recensement 2007
3)- Insee note de conjoncture du 03/10/207
4)- Un dossier sur chacun des sujets est en préparation
5)- Voir : «Barbazan» page 3
6)- Voir : «Entreprise» page 4

